Acouphènes (ces sifflements, bourdonnements ou murmures qui s’invitent dans vos oreilles), mais aussi certaines formes de troubles de l’audition, pourraient bien avoir une origine épigénétique.
Vous ouvrez un livre, prêt à savourer le calme, mais un bruit persistant s’impose, une sonnerie, un sifflement, un chuchotement qui refuse de s’éteindre. Impossible de se détendre. Le soir venu, pour réussir à dormir, il faut couvrir ce vacarme intérieur avec le ronron d’un téléviseur ou d’un ventilateur. Le silence n’existe plus et, certains jours, la sensation de perdre pied prend le dessus. C’est ainsi que l’acouphène s’incruste dans le quotidien.
L’acouphène désigne tous ces sons qui résonnent dans l’oreille alors qu’aucun bruit externe n’en est responsable. Ce ne sont ni des voix ni des hallucinations, mais des tintements, des bourdonnements, des crépitements. Parfois, ces bruits s’accompagnent de vertiges, de nausées, voire de pertes auditives. Beaucoup considèrent qu’il ne s’agit que d’une gêne passagère, une petite nuisance à supporter. Pourtant, chez certains, la détresse grandit à tel point que la vie en devient insupportable.
En Europe, le chiffre donne le vertige : près de 70 millions de personnes sont concernées par ce trouble. Et pour deux millions d’entre elles, les symptômes sont si envahissants qu’ils rendent le quotidien ingérable.
Les causes potentielles de l’acouphène forment un puzzle complexe qui rend la prise en charge difficile à généraliser. Pourtant, la phytothérapie, romarin en tête, offre parfois une avenue surprenante pour apaiser les symptômes.
Comment les acouphènes surgissent-ils ?
La survenue des acouphènes peut reposer sur plusieurs facteurs. L’un des mécanismes les plus courants concerne une mauvaise vascularisation de l’oreille, liée à l’athérosclérose, parfois associée à l’hypertension. Autre situation fréquente : une accumulation anormale de liquide dans l’oreille interne, notamment chez certaines femmes avant leurs règles, période de forte rétention hydrique.
Il arrive aussi que les cellules ciliées de l’oreille dégénèrent, sous l’effet de l’âge, d’un choc, d’une infection ou après une série d’expositions à des bruits puissants. Souvent, ce type d’acouphènes s’accompagne d’une baisse de l’audition. Dans d’autres cas, la prise de certains médicaments (salicylates type aspirine, quelques antibiotiques, bêta-bloquants, diurétiques ou chimiothérapies) peut en déclencher l’apparition, tout comme certaines anomalies osseuses, un anévrisme ou un stress aigu. D’ailleurs, il n’est pas rare d’entendre des témoignages où la colère intense provoque l’irruption de sons inédits dans la tête.
Depuis quelques années, l’étude des aspects génétiques et épigénétiques prend de l’ampleur au sein de la recherche sur les acouphènes. Les données actuelles pointent fréquemment vers une augmentation de la méthylation de l’ADN chez les personnes concernées : des groupes méthyle viennent bloquer l’expression de certains gènes, comme si ces instructions étaient effacées du code génétique.
Autre élément récurrent : de nombreux patients présentent également un déficit en sérotonine, neurotransmetteur clé pour l’équilibre neurologique. Notons qu’on retrouve ce même déséquilibre dans plusieurs formes de dépression.
Le romarin, allié inattendu contre les bruits fantômes
Face à l’acouphène, les solutions naturelles gagnent du terrain là où la médecine conventionnelle peine parfois à apporter un soulagement durable. Le ginkgo biloba est souvent mis en avant, surtout lorsque la circulation sanguine de l’oreille est en cause, mais son impact reste limité à certains profils.
Le romarin, quant à lui, agit à plusieurs niveaux. Il peut apaiser les acouphènes associés à l’hypertension, mais pas seulement. Doté de trois molécules actives sur l’épigénome (acide rosmarinique, carnosol, acide carnosolique), il influe sur la méthylation de l’ADN et peut ainsi relancer l’activité de gènes « neutralisés ». L’hyper-méthylation s’avère d’ailleurs particulièrement répandue chez les personnes atteintes d’acouphènes.
Une utilisation régulière du romarin, en infusion, extraits ou gélules, entraîne souvent une atténuation nette, parfois la disparition de ces bruits parasites. Il reste également reconnu pour son action sur les vertiges, les nausées et les troubles auditifs connexes.
Lorsque cette gêne auditive s’accompagne d’une carence en sérotonine, associer le romarin à une prise de L-tryptophane (précurseur de la sérotonine) peut se révéler judicieux. Le corps humain n’absorbe pas directement la sérotonine sous sa forme pure, d’où la nécessité de miser sur son précurseur. Parallèlement, un apport en potassium peut aussi être recommandé pour réduire la rétention de liquide dans l’oreille interne.
Ici ou là, certains courants de la médecine naturelle font mention du recours au lait maternel, mais aucune recherche sérieuse n’apporte la moindre confirmation sur l’intérêt de cette approche, sans compter que cette solution reste peu accessible.
L’adoption d’une hygiène de vie équilibrée (activité physique, alimentation variée, réduction du tabac) vient souvent renforcer l’impact des solutions citées et améliore la qualité de vie à long terme.
Épigénétique : une clé pour l’audition ?
Le phénomène épigénétique se retrouve également à l’origine de troubles auditifs, notamment dans le vieillissement. Plusieurs travaux scientifiques ont identifié une corrélation forte entre certains modes de méthylation de l’ADN et la survenue d’une surdité. D’autres réactions chimiques telles que l’acétylation, ou la méthylation des histones, participent elles aussi à la régulation des gènes en cause dans l’audition.
Ces perturbations apparaissent parfois dès la période prénatale, mais peuvent aussi s’accumuler progressivement sous l’influence d’un mode de vie déséquilibré.
L’un des aspects prometteurs de l’épigénétique réside dans sa réversibilité. Lorsque les structures de l’oreille n’ont pas subi de dommages définitifs, notamment avant la naissance, il est souvent envisageable de ralentir ou d’inverser la perte auditive. Pour cela, miser sur une alimentation qualitative, maintenir un poids stable, s’activer régulièrement et éviter la pollution permet de limiter le risque de modification épigénétique délétère. Compléter ce mode de vie par des micronutriments à effet épigénétique peut aider à conserver une audition efficace plus longtemps.
Quelques pistes naturelles méritent une attention particulière :
- Le romarin, déjà mentionné, pour son action sur la méthylation de l’ADN
- Les acides gras oméga-3 (présents dans l’huile de poisson, les graines de lin ou de chia), qui influent eux aussi sur la méthylation et freinent la progression de la perte auditive en limitant les effets d’un excès d’homocystéine
- Le resvératrol, pigment naturellement présent dans le raisin et le vin rouge : des recherches menées notamment par le Dr Michael Seidman ont démontré qu’il aide à prévenir la surdité causée par l’exposition au bruit, et que son effet anti-âge freine la dégradation de l’audition liée aux années
Pour compléter cette palette, certains nutriments comme les caroténoïdes (notamment l’astaxanthine), la vitamine C, la vitamine E, l’acide folique et le zinc, s’avèrent pertinents dans la protection auditive, notamment en prévention.
Sources
Jose A Lopez-Escamez, Thanos Bibas, Rilana Cima, Christopher R. Cederroth. « Génétique de l’acouphène : un domaine émergent pour le diagnostic moléculaire et le développement de médicaments ». Neuroscience 10 (41), août 2016.
Phyllis D. Light, MA. « Le cycle de méthylation et la santé mentale ». http://www.freepatentsonline.com/5989558.pdf
Matthew J. Provenzano, M.D., et Frederick E. Domann, Ph.D. « Rôle de l’épigénétique dans l’ouïe : Établissement et maintien de modèles d’expression génétique spécifiques à l’audition ». Hearing Res. 2007 nov.; 233 (1-2): 1,13.
M. D. Seidman et al. « Le resvératrol diminue l’expression de la cyclooxygénase-2 induite par le bruit dans la cochlée de rat ». Oto-rhino-laryngologie, Chirurgie de la tête et du cou, 2013.
Raquel Martínez-Vega et al. « La supplémentation à long terme en acides gras oméga-3 empêche les changements d’expression dans le métabolisme cochléaire de l’homocystéine et améliore la perte auditive progressive chez les souris C57BL/6J ». The Journal of Nutritional Biochemistry, déc. 2015, vol. 26, n°12, p. 1424-1433.
Curhan SG et al. « Caroténoïdes, vitamine A, vitamine C, vitamine E et folate et risque de perte auditive autodéclarée chez les femmes ». Am J Clin Nutr. 2015 Nov; 102 (5):1167-75.
Ce sifflement, un jour, s’efface comme un souvenir trop lourd. Parfois, une molécule venue du végétal suffit à fissurer le cercle du bruit. Le silence revient, l’oreille respire, et la vie retrouve enfin un autre rythme.


